Matt Mahlen

L’ensorcelante richesse de la simplicité !

Actualités – 17 décembre 2018

Papier Gâchette produit des oeuvres à vous tordre l’estomac , envoie comme ça une volée de plombs colorés dans les fesses de la Culture et arrose à qui mieux mieux !

« L’homme qui est dans mon lit n’a plus vingt ans » est d’une incroyable veine. Ce fut une parole mêlée à la lutte de la sidérurgie lorraine en 1979. C’est un cri d’amour et de tendresse rageuse d’une femme défendant l’homme qu’elle aime contre les machines. C’est un long soupir sur la vieillesse et l’usure des temps. C’est une révolte avec des mots jetés en escarmouches, avec des verbes escarbilles. Une poésie debout, des pierres fracassant le silence et des poings sur les i (d’intérêt, d’imbécile ou d’impossible ) et des phrases qui vous coupent la chique...de sincérité. De la vraie poésie qui parle du monde, depuis ici, les pieds sur terre et le coeur dans les étoiles, des pensées qu’on sort d’une gamelle et qui brillent jusqu’à aujourd’hui. C’est un ouvrage merveilleusement conçu en typographie par Aude Jouvin qui réussit là l’incroyable gageure de s’effacer derrière le texte et d’être si présente à ses côtés. Comme deux femmes soeurs de bataille, les mots et les impressions s’épaulent. Aude fait ici vivre la poésie, joue des polices de caractères et de la mise en page pour donner corps à l’inconnue et porter ses voix dans le silence. La typographe n’enferme rien dans l’anecdotique , ni la voix d’une femme d’ouvrier ni la grandeur d’une poésie simple. Elle l’ouvre au monde, les grandit encore. Ce sont ces arrières des lettres de bois, ces pièces qui reçoivent les coups et travaillent, avec leurs veines et leurs marques, le dessous du récit, l’envers de l’alphabet, les dos d’une casse qui sont les images.

C’est le silence qui se brise et une femme qui parle avec force. Merveilleux.

Papier Gâchette c’est au 6 rue du Rempart 67000 Strasbourg