La poésie ne sauvera pas le monde. Non. Non, car elle a bien d’autres choses à ne pas faire.
Je ne parle pas de la poésie qui, entre poudre d’escampette et poudre aux yeux va se trémousser de certitude ou d’affliction d’un petit salon à un docte cercle en passant par tel petit marché toute habillée de sains supplices, pétrie de sacrifices et pénétrée de vocations. Ces embaumeurs de la langue, ce gratin de danseurs en jeje sachant se déguiser en mousquetaires, en incompris ou en rebelles se lancent dans un héroïsme de papier, pratiquent une poètiture qui se fait précieuse, évaporée ou doucereuse même avant que Papa l’État et maman l’Entreprise leur donnent la becquée. Non, cette poésie là est tout au mieux une sorte de ping-pong. Et le ping-pong s’accommode de tout.
La poésie ne sauvera pas le monde. Non, la poésie ne raconte pas de balivernes, elle a d’autres choses à faire. Non, elle ne sauvera pas le monde. Déjà, elle ne sauvera pas tout le monde, à commencer justement par ceux qui, tout à se draper dedans, semblent plutôt morts, de trouille, de fatigue et de désabusement, empêtrés dans son linceul. Frappés de vertiges depuis leur tour d’ivoire ou leur petit bureau tout marqueté de prétentions ou de cynisme, nos drôles d’oiseaux comptent les malheurs, suivent les nuages, attendent les fleurs. Non, cette poésie-là est tout au mieux une sorte de statuaire. Et la statue est au dessus des choses, elle ne touche pas le monde.
.../...




